VOUS MANQUEZ A MA VIE. ___
"Deux mots encore. L'un pour vous dire, avec vous, avec tant d'autres, que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, tous en train de mourir, tous destinés à y passer, et aussi tous en train de vivre, jusqu'à l'ultime seconde.
Bien sûr, la différence peut paraître immense entre ceux qui peuvent voir la limite dans le lointain, oublier parfois totalement son existence, et ceux qui savent l'avenir perdu et le chronomètre en descente. Cette différence immense, vous montrez qu'elle s'annule souvent, et les philosophes montrent qu'elle peut et qu'elle doit s'annuler plus souvent encore."Je suis mort' est une phrase impossible, impensable, inhumaine. En revanche "Je sais bien que je vais mourir, mais à l'instant je vis" est la phrase qui rend humain tout être humain. Il se pourrait que les philosophes soient finalement des gens qui tentent de penser cette phrase plus souvent, et plus directement, que les autres.
Le dernier mot, c'est "écrire". Parce que c'est ce qui reste de la vie quand le reste est parti. Quelle que soit votre vie ou la mienne, il y aura nécessairement, un temps où nous ne serons plus. Il est normal d'espérer qu'il soit lointain, il est normal aussi de redire qu'il est inéluctable, et qu'il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire. Mais ces quelques mots, et votre livre, comme tous les écrits, resteront au moins quelque temps, quelques part. Les textes conservent des mots qui redeviennent toujours neufs pour ceux qui les lisent, même s'ils proviennent de gens depuis longtemps évanouis.
Tout s'efface des corps, des consciences, de l'humanité, tout le monde sait cela. Reste malgré tout des mots. Ils persistent pour une durée incertaine, sûrement pas interminable, mais un peu plus longue, malgré tout, que nos rires et nos larmes.
Les mots en fin de compte, ont la vie sauve"
Extrait de la préface de La Vie Sauve